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Le Premier forum des Femmes Juives d'Italie/WIZO - Un débat bien au-delà de l'ordre du jour



Milan 10, novembre 2022 - Une foule entièrement féminine, hétérogène en âge et en origine. est venue des quatre coins de l'Italie ; des membres de l'ADEI WIZO mais pas seulement : professionnelles, étudiantes, retraitées, tout simplement des femmes intéressées par les sujets de discussion qui les concernent toutes, mais aussi l'avenir de la société, sans distinction. Étaient également présentes les autorités civiles et religieuses de Milan, des représentants des forces de sécurité, l'archevêque métropolitain, le grand rabbin de la Communauté juive de Milan...

Suivent quelques moments forts de la journée.


Susanna Sciaky, Présidente nationale de l'ADEI WIZO, a ouvert ce premier forum en soulignant combien cette rencontre était attendue, sans précédent dans l'histoire de l'association italienne, et pourtant si nécessaire aujourd'hui :

"L'époque que nous vivons présente quelques singularités. En l'espace de quelques années, nous avons assisté à des changements incroyables au niveau mondial, des changements qui ont eu des répercussions inévitables dans notre vie quotidienne, modifiant notre façon de penser et de faire des choix. Des drames tels que les pandémies, la guerre, le spectre d'une crise économique, ouvrent des scénarios qui semblent amplifier les crises de valeurs de notre époque. Aujourd'hui plus que jamais, il est impératif de rappeler que la dignité, le travail, le respect mutuel doivent être défendus. Toujours“.

Ces mots, prononcés à l'occasion de l'anniversaire de la “Nuit de cristal“, sonnent également comme un avertissement à regarder attentivement l'avenir, en utilisant les moyens de la culture et de la sensibilisation pour construire une société plus inclusive, et pas seulement en termes de divisions entre les sexes.
Après tout, c'est précisément la tâche d'une association qui, depuis 1927, représente également en Italie une union mondiale de femmes qui participent et s'engagent dans les questions sociales de notre époque. Des femmes qui placent, aux côtés du sionisme, la lutte contre la violence et la discrimination sexuelle, l'aide aux personnes en difficulté, l'éducation contre le racisme et l'antisémitisme au premier plan. Des femmes qui considèrent leur statut de juive comme une éventuelle valeur ajoutée à transmettre à tous. Le sens du Forum est avant tout cela et se dégage dès les premières interventions.

"J'ai rencontré ces femmes juives", a commencé Renato Sacconi, le préfet de Milan, s'inspirant de ses lectures, "elles s'appelaient Gina Lombroso, Rita Levi Montalcini, Natalia Ginzburg. Au début, je ne me suis pas rendu compte qu'elles avaient quelque chose en commun, peut-être parce qu'il y a une tendance à effacer les racines dans ce monde qui va si vite, mais quand je les ai découvertes, j'ai eu la confirmation que c'était la spécificité d'être des femmes et des juives qui les rendait extraordinaires".


Et Noemi Disegni, présidente de l'Union des communautés juives italiennes, de continuer :

"Les femmes juives sont différentes, comme le sont toujours et partout les femmes dans n'importe quel contexte, mais elles sont unies par le fait de s'inscrire dans une continuité. On ne vit pas seul ou seulement avec sa famille, déconnecté du monde, pour nous tout événement n'est pas une simple information, nous nous demandons constamment comment l'interpréter à travers notre être juif".


PREMIÈRE SESSION : Être femme et juive dans l'Italie d'aujourd'hui peut-il contribuer à la croissance de l'Italie contemporaine ?


- Francesca Levi Schaffer, professeur d'immunopharmacologie à l'Université hébraïque de Jérusalem, revendique la totalité de son statut de femme : "J'ai montré comment une femme juive italienne, même en étant mère et épouse, pouvait faire carrière".

- Gabriella Modiano, avocate en brevets et marques européens, raconte quant à elle son expérience dans un environnement plus intime : "Dans notre famille, être une femme ne signifiait jamais que l'on ne pouvait pas faire quelque chose. J'avais des femmes fortes autour de moi et des hommes qui les considéraient comme des partenaires pour affronter la vie. Après des études en Italie, je suis arrivée en Israël dans un environnement où être une femme n'était pas du tout limitatif. Tout cela fait partie de mon expérience aujourd'hui".

- Elena Lowenthal, journaliste : “Être juif, c'est beaucoup de choses, mais comme l'a dit George Steiner, "est juif celui qui lit toujours avec un crayon à la main". Et puis il y a l'idée de se jeter dans la mêlée et d'affronter le destin comme Rebecca et Ruth."


DEUXIÈME SESSION : La culture contre les préjugés

Liliana Segre conclue cette session par une long témoignage personnel.

La sénatrice (née en 1930 à Milan) commence par évoquer son exclusion de l'école à cause des lois racistes, jusqu'à Auschwitz, son retour de l'abîme et son choix de devenir témoin : "Pourquoi moi ? Je me demande encore comment j'ai survécu dans cette très longue période qui va de l'arrestation à 1945 ? C'était par hasard. Je n'ai pas été héroïque, ce n'était pas ma place. Il a été très difficile d'accepter de retourner dans le monde. Les gens ne voulaient pas parler de ce qui s'était passé. Mes proches m'aimaient, mais c'est moi qui n'étais pas à ma place. Ensuite, on m'a présenté Gotti Bauer, également une survivante, elle m'a pris par la main et m'a conduit à l'ADEI WIZO. Elle m'a dit "essaie de parler, tu ne peux pas ne pas le faire".

Mais Liliana Segre parle aussi de son contemporain, de la difficulté de transmettre la mémoire et elle n'est pas optimiste : "J'ai rencontré un ministre du gouvernement actuel, je ne dirai ni son nom ni son sexe, un diplômé, je lui ai demandé combien de Juifs il y avait en Italie et il a répondu 1 million, quand je lui ai dit le vrai chiffre il était très embarrassé (28'500 environ, aujourd'hui). La différence était trop grande. En 2015, c'était le centenaire de la tragédie arménienne : un peuple contraint à la marche de la mort, comme celle que j'ai faite d'Auschwitz à l'Allemagne. Qui s'en est souvenu à part les Arméniens ? Si un ministre pense qu'il y a un million de Juifs, qui se souviendra de nous dans 100 ans ?“


TROISIÈME SESSION : L'égalité des femmes et des hommes au travail


En d'autres termes : L'expérience de la WIZO en Israël peut-elle être une source d'inspiration dans le débat italien sur l'égalité des genres dans le monde du travail ?

- Elisabetta Camussi, professeur associé de psychologie sociale à l'université de Milan fait un tableau décourageant de l'emploi féminin en Italie. Puis elle explique :

L'expérience de la WIZO nous rappelle que l'égalité des sexes n'est pas un résultat fortuit, mais une décision que l'on prend en pensant qu'il vaut la peine de mettre en œuvre un changement social. Il faut beaucoup de temps pour arriver au point où l'on pense différemment du contexte historique, mais c'est un chemin qu'il faut parcourir."

- Raffaella Petraroli Luzzati, notaire et présidente de la communauté juive de Gênes, raconte comment l'inégalité de classe accentue l'inégalité des sexes. Mais elle rappelle aussi comment l'expérience israélienne a influencé un projet génois de protection des femmes victimes de violences.


Le journaliste Ferruccio De Bortoli conclut le forum en résumant ainsi les mots clés de la rencontre :

" Il n'y a pas de limites à la volonté des femmes. La contribution des femmes juives à la société italienne est pour nous un motif d'espoir et de confiance en l'avenir".




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