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“Pour nous autres femmes qui combattons le racisme, le danger fasciste reste entier“


Francesca del Vecchio - LA STAMPA - 9 novembre 2022


Aujourd'hui se tient à Milan le Premier Forum sur la discrimination en présence de la sénatrice Liliana Segre et d'autres personnalités. Parmi les objectifs figure l'égalité des sexes, comme en Israël

"Un retour en arrière est inconcevable", déclare la Présidente de la WIZO Italie
« Il est inexact de dire qu'il n'y a plus de fascistes en Italie, ils sont tout simplement silencieux".

Susanna Sciaky, Présidente depuis 2018 de l'Adei-WIZO, la section italienne de l'Association des Femmes Juives Italiennes (ADEI), fondée en 1927 à Milan, le dit avec inquiétude en racontant ce que c'est que d'être juif aujourd'hui dans notre pays.

Il y a dix ans à peine, il était fréquent de s'entendre dire : "Vous êtes juif, donc vous n'êtes pas italien". Aujourd'hui, heureusement, nous connaissons mieux l'histoire de la diaspora qui a éparpillé les Juifs dans le monde entier".

Y a-t-il une forme de racisme dans le fait de ne pas accepter que les Juifs puissent être italiens, français, espagnols ?

"En France, par exemple, il y a un retour en force de l'antisémitisme. Et c'est pourquoi de nombreux Juifs français ont commencé à émigrer en Israël. La crainte est que le passé puisse se reproduire."


Y a-t-il de l'antisémitisme en Italie ?

"Malheureusement oui. Regardez ce qui s'est passé à Predappio*. Il est faux de dire qu'il n'y a plus de fascistes en Italie. La seule différence par rapport au passé est qu'ils sont corrects. Je ne veux pas entrer dans les questions politiques, mais pour moi il est inconcevable d'imaginer un retour en arrière : des familles obligées de quitter leur maison, des voisins qui vous dénoncent à la police... L'association est le meilleur moyen de lutter contre le racisme".


Aujourd'hui, à Milan, le premier Forum National des Femmes Juives d'Italie se réunira avec pour thème principal la lutte contre l'antisémitisme. De quoi s'agit-il ?

"Les histoires seront différentes, tout comme les personnes que nous accueillons pour en parler. Nous souhaitons montrer que nous sommes identiques aux autres femmes, que nous avons simplement une expérience différente.


Certaines de vos membres ont-elles eu à souffrir de discrimination parce qu'elles étaient juives ?

"La sénatrice Liliana Segre prendra la parole à distance : qui mieux qu'elle peut témoigner de ce que signifie subir une discrimination ?".


Pour quelle raison le Forum national des femmes juives a-t-il été créé ?

"Nous estimons que nous avons un message à transmettre : notre expérience n'est pas seulement celle de la diversité, mais celle d'une union d'intentions au service d'un objectif commun. Nous faisons partie de la société et nous souhaitons nous confronter nous confronter aux questions d'actualité, comme nous avons l'habitude de le faire entre nous.

En Israël, la WIZO est un partenaire du Gouvernement en matière d'aide sociale : le projet de loi sur l'égalité des salaires entre hommes et femmes présenté au Parlement à notre initiative a été adopté et nous en sommes fières. La Wizo a été créée il y a 102 ans pour aider les femmes et leurs enfants en situation difficile et cette mission reste intacte".


Le modèle proposé en Israël peut-il fonctionner en Italie ?

"En gardant à l'esprit que notre Association est apolitique et non partisane, nous considérons que les réflexions doit se faire à partir des idées. Et pourquoi pas à partir d'expériences qui, nous le savons, fonctionnent dans le monde. Nous proposons un programme d'assistance aux femmes qui est certainement reproductible".


Quel est l'objectif de ce Forum ?

"Faire dialoguer des expériences différentes : des femmes représentant le monde des affaires, de la culture, de la science. La journée sera divisée en trois sessions, nous parlerons de l'atout que représentent les femmes juives dans la société italienne, de la culture comme défense contre le racisme, et de l'égalité des sexes sur le lieu de travail".


Votre mandat se terminera-t-il avec cette conférence ?

- "Je souhaite le considérer comme un moyen d'entamer un véritable dialogue, non seulement entre nous, femmes juives, mais aussi avec les autres, avec le reste de la société civile. Et aussi, permettez-moi de le dire, c'est une façon de remercier les membres de mon Comité qui ont travaillé si dur pendant le Covid et qui ont réussi à surmonter le 'fossé numérique'". -



* “A Predappio, en Italie, la mémoire du «Duce» reste vive en 2022 - Des pèlerinages sont organisées chaque année dans la ville natale de Benito Mussolini, ville dans laquelle il est aussi enterré. Plus particulièrement les 28 octobre (date de la marche sur Rome en 1922), 29 juillet et 28 avril (ses dates de naissance et de décès). “

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